Grippe aviaire chez le chat




Venez parler de santé féline sur le Forum Chats

 

Introduction

Le virus aviaire, en dépit de son nom peut infecter d’autres espèces qu’aviaires, dont des mammifères.

La question n’est pas sans importance car l’Homme est un mammifère et il a de nombreux contacts avec des mammifères domestiques, dont le chat.

  • On avait déjà noté en 1918 qu’il arrivait que le porc soit souvent malade en même temps que l’homme, avec des symptômes proches.
  • On sait depuis quelques années que des chevaux, phoques, cétacés, félins, furets, souris peuvent être infectés par des virus grippaux, qui ont tous une origine aviaires probable, ou qui en tous cas peuvent tous a priori infecter l’oiseau.
  • Concernant le H5N1 qui préoccupe les épidémiologues depuis 2003, il a indéniablement de 1997 à 2005 largement étendu son éventail d’hôtes.
  • Les expériences de laboratoire et quelques cas avérés en Asie du Sud-Est ont montré que les chats domestiques et des félins (et donc probablement le chat sauvage, ou le chat haret…) peuvent être infectés par le H5N1, mortellement ou non.
  • L’éventualité d’un rôle de vecteur ou de porteur asymptomatique est une question posée aux autorités et individus qui vont peut-être devoir gérer une pandémie.
  • Fin février 2006: un chat est trouvé mort sur l’île balte de Rügen au nord-ouest de l’allemagne, dans une zone où plus d’une centaine d’oiseaux morts du H5N1 ont été trouvés.
  • Puis le 22 février 2006, dans le refuge pour animaux de l' »Arche de Noé », à Graz, dans le Sud de l’Autriche, trois chats sont détectés porteurs du virus H5N1. Ils faisaient partie d’un groupe d’environ 200 chats placés dans le refuge. Ils ont probablement été infectés suite à la réception dans ce refuge d’un cygne infecté par le H5N1 trouvé le 10 février 2006 à Mellach, dans la banlieue de Graz. Ce cygne avait aussi infecté quelques poules. Lundi 6 mars 2006: l’Agence fédérale de sûreté alimentaire autrichienne (Ages) confirme que deux parmi trois chats ayant fourni des échantillons, infectés ont spontanément guéri. Le Mardi 07 mars 2006 une nouvelle analyse pratiquée sur un de ces chats a même été négative pour le H5N1 alors que les deux premières étaient positives selon le ministère autrichien de la Santé.

Le fait que les félins puissent être infectés en Europe a surpris et inquiété une partie de l’opinion, suscitant des abandons et des milliers de questions aux autorités. C’est un fait qui a pu sembler « nouveau », mais qui ne l’était pas.

Par contre, début 2006, il est vrai que si la grippe aviaire à virus A H5N1 HP ne touche qu’exceptionnellement l’Homme, sa prévalence était très mal connue chez les mammifères sauvages ou même domestiques, faute d’études à ce sujet. Les Agences de l’ONU avait déjà repéré quelques cas chez des félins, et recommandé en 2005 qu’on enferme les chats dans les zones infectées de Turquie.

Pourquoi le chat en particulier ?

  • Le chat est un commensal de l’Homme, avec lequel il entretien des contacts rapprochés.

Si le chat s’avérait très sensible aux virus grippaux, il serait important de le savoir pour le protéger et diminuer le risque qu’il contribue à diffuser le virus de chat à chat, ou du chat à l’Homme.

  • Des cas de transmission interhumaine étant suspectés et craint pour le H5N1 ou une forme mutante ou recombinée du virus, le modèle animal pourrait être utile pour mieux comprendre l’éco-épidémiologie de ce virus ou pour mieux comprendre d’éventuels processus de transmission et diffusion de type mammifère-à-mammifère.
  • La sensibilité éventuelle du chat et plus largement des félins au H5N1 ou à d’autres virus grippaux hautement pathogènes pose des questions éco-épidémiologiques crutiale, notamment en raison de la fonction de prédateur/régulateurs des félins au sein des écosystèmes, et en raison du fait que les oiseaux, notamment malades comptent parmi leurs proies favorites, avec les micro-mammifères (dont certains, comme la souris), s’avèrent également très sensible au virus H5N1 HP (au moins en laboratoire).
  • Le chat pourrait servir de modèle pour étudier la sensibilité d’autres félins sauvages au virus. Si le chat s’avèrait très sensible à une ou plusieurs souches du H5N1 HP, il y aurait lieu de s’inquiéter et de mieux suivre les félins sauvages qui jouent en temps normal un rôle sanitaire majeur dans les écosystèmes, mais qui ont déjà souvent disparu d’une grande partie de leur aire de répartition. Or, le virus a aussi été trouvé chez des tigres et léopards thaïlandais, en zoo et chez d’autres félins dans plusieurs pays. On sait de plus que leurs homologues du monde aviaire, les rapaces sont aussi (au moins pour l’aigle, la buse et le faucon) sensibles au virus.
  • L’intérêt de l’OMS, de la FAO et de l’OIE ainsi que des scientifiques à l’égard du chat et de la grippe a été suscité en février 2004, avec deux chats trouvés morts infectés par le virus H5N1 chez un thaïlandais habitant à proximité d’un élevage touché par la grippe aviaire. (14 chats sur 15 sont morts chez lui après que l’un au moins ait eu un contact avec un poulet mort selon l’OMS).
  • Dans tous les cas documentés, le chat était proche de l’homme et des volailles. Le 20 février 2004, l’OMS citait plusieurs rapports signalant « la contamination par le virus H5N1 de chats domestiques » dans un foyer thaïlandais, en précisant que les investigations en cours (en 2004) ne permettaient pas encore de tirer des conclusions définitives.

L’OMS écrivait alors:

  • « La faculté des Sciences vétérinaires de l’Université Kasetsart (Thaïlande) a annoncé aujourd’hui la présence de l’infection à H5N1 chez 2 chats morts parmi 3 qui appartenaient à un même foyer possédant au total 15 chats. Sur les 15 félins, 14 sont morts. Le propriétaire a observé que l’un des chats avait été en contact avec des poulets morts. Le Ministère thaïlandais de la Santé publique enquête sur cet incident et surveille la santé des sujets contacts humains. La FAO a aussi envoyé des experts ».
  • « Néanmoins, les inquiétudes sont vives et des questions particulières se posent d’une part sur les risques que court l’être humain vivant en contact rapproché avec des chats infectés et, d’autre part, sur le besoin de surveiller les populations de chats ».
  • « Plusieurs études ont montré qu’un petit nombre de mammifères, porcs, phoques, baleines, visons et furets, sont sensibles à l’infection naturelle par des virus grippaux de composition génétique purement aviaire. Parmi toutes ces espèces, seul le porc est important pour la santé humaine. Les porcs peuvent être en effet simultanément infectés par des virus grippaux aviaires et humains et servir ainsi de « creuset » pour le mélange du matériel génétique avec, pour conséquence éventuelle, l’apparition d’un nouveau sous-type. La plupart des spécialistes s’accordent pour dire que les porcs ont joué un rôle dans l’apparition des virus à l’origine des pandémies de 1957 et 1968″.

L’auteur d’un communiqué OMS du 20 février 2004, ajoutait: « On considère néanmoins comme improbable que la confirmation de l’infection à H5N1 chez le chat augmente les risques actuels pour la santé humaine. On ne pense pas non plus qu’elle aura une influence significative sur l’évolution de l’épidémie chez l’homme ». (…) « S’il s’avérait que les chats domestiques étaient facilement infectés par le H5N1, ce que l’on pense improbable, ils ne devraient pas contribuer d’une manière significative à la présence du virus dans l’environnement ». (NDR: ce dernier avis, sans citation d’auteur et non motivé a été remis en question deux ans après, début 2006 avec la constatation de l’infection en Europe d’un chat de l’île de Rügen, au nord ouest de l’Allemange.)

Selon l’OMS: jusqu’à 2004, on ne pensait pas les chats domestiques sensibles à l’infection naturelle par des virus grippaux. Pourtant, un bulletin OMS cite des études de 1970, 1972 et 1981 qui avaient déjà rapporté des infections expérimentales en laboratoire, mais alors sur des virus de la grippe saisonnière, faiblement pathogènes.

Remarques:

  • Après la confirmation de la responsabilité du H5N1 HP comme cause de la mort du chat trouvé sur l’île de Rügen en Allemagne en février 2006, de nombreux commentateurs ont affirmé qu’on ne connaissait pas de cas de grippe chez les chats auparavant, pourtant, plusieurs expériences avec d’autres virus avaient montré une infection facile de chats par 2 autres types de virus grippaux:
  • Certains animaux de zoos, en centres de soins, en terrariums ou de cirques sont nourris avec de la viande crue (poulet parfois) ou des poussins (crus et parfois vivants). Suite à la découverte de chats et de grands félins infectés par le H5N1 en Asie, le Premier ministre thaï avait déjà en 2004 demandé aux thaïlandais de ne pas nourrir d’animaux domestiques ou d’animaleries ou zoos avec des abats ou morceaux crus de volaille…

Le chat, cas particuliers pour l’étude de la contagion

  • On trouve des chats domestiqués ou ensauvaginés ou sauvages dans le monde entier.
  • Le chat domestique a été introduit sur de nombreuses îles, où il s’attaque aux oiseaux et micro-mammifères.
  • La plupart des chats sont des chats domestiques, très proches de l’Homme et plus encore de ses enfants.
  • Il y a plusieurs millions de chats dans les foyers français.
  • Nous recherchons souvent le contact physique direct avec le chat, et inversement, ce qui est rarement le cas avec la souris, le poulet ou le furet qui sont les autres modèles de laboratoires.
  • Le chat chasse les souris et les oiseaux souvent le soir ou tôt le matin et parfois de nuit quand il peut sortir. Il ramène volontiers de petits cadavres d’animaux fraîchement tué sur le seuil de la maison (musaraignes…).
  • Le chat quand il boit lape la surface de l’eau, absorbant le bio-film susceptible de contenir des virus répandus sur des eaux fréquentées par des canards malades.
  • S’il est un des rares animaux à enterrer ses crottes, ce qui lui donne une réputation de propreté, il se lèche souvent les babines, l’anus et le poil, et après s’être léché, se frotte volontiers contre nous et contre certains objets..
  • Il éternue facilement et lèche ou mordille volontiers ceux qui le caressent.
  • Il peut lécher les restes de repas dans les assiettes.
  • Le mâle urine pour marquer son territoire. Or chez les animaux infectés expérimentalement par le H5N1, les reins étaient infectés par le virus, ce qui pose la question de l’éventuelle présence de virus dans l’urine d’un chat malade.
  • Comme les oiseaux, lorsqu’il est malade – s’il vit dehors – il se cache habituellement très soigneusement pour mourir (à confirmer dans le cas d’une mort par le H5N1 qui peut affecter le cerveau et modifier ce comportement). (=> Question: Les invertébrés nécrophages qui se nourrissent du cadavre d’un chat mort du H5N1 ou après y avoir pondu sont-ils contaminants (pour le H5N1) pour des oiseaux qui les mangeraient?)
  • Le chat et le chien sont mangés dans certains pays, et leur fourrure est vendue jusqu’en Europe, en général sous d’autres noms (bien qu’un arrêté du 13 janvier 2006 prohibe en France l’introduction, l’importation et la commercialisation de peaux brutes ou traitées de chiens et de chats et de produits qui en sont issus (JO du 21 janvier 2006).

Remarque 1: Au contraire du chat, les civettes, pour marquer leur territoire, exposent leurs excréments sur un « crottier » judicieusement situé sur un replat rocheux où elles déposent jour après jour des excréments volumineux. (On les trouve surtout en Asie, Afrique, à Madagascar, avec une seule espèce en Europe (genette autour du bassin méditerranéen) Paguma larvata est le nom de l’espèce qui est très consommée en Chine. (on la jette généralement dans une cuve d’eau ou d’huile bouillante pour lui enlever la fourrure, ce qui peut aussi diminuer un peu le risque de contact avec le virus, bien qu’il puisse encore être présent à l’intérieur de l’animal.)

Remarque 2: Le chat est bien plus indépendant que le chien et il a un comportement plus erratique: les chats libres, errants, perdus, sauvages, sont notamment présents dans les refuges SPA et bien souvent dans ou autour des espaces de soins publics. Après la découverte du chat mort du H5N1 en Allemagne, dans plusieurs pays, les autorités sanitaires et/ou les gouvernements ont demandé que les propriétaires visent à maitriser leur chat et à ce qu’ils ne sortent pas, comme on l’avait précédemment demandé aussi en Turquie. Mais un chat est beaucoup plus difficile à « confiner » qu’un chien, et il ne répond généralement pas ou mal aux ordres de son maître.

Ceci pose question:

  • En 2006, les responsables dont peu avait envisagé cette possibilité dans les pays touchés par le H5N1, dont la Roumanie, la Turquie, puis l’Allemagne, la France et la Suisse… se demandent quelle information de la population, quelle formation des vétérinaires, et quel suivi des chats il faudrait mettre en œuvre.
  • L’UE, comme les plans nationaux n’avaient pas prévu de stratégie spécifique pour les animaux domestiques, dont le chat.
  • Même la France, pays d’élevage intensif de volaille, pays d’Europe survolé par le plus grand nombre d’oiseaux migrateurs, et où de nombreux chats domestiques sont élevés dans les familles a du demander à l’AFSSA un avis urgent.
  • Au vu des premières informations et des questions posées par le public européen fin février 2006, on peut craindre que le nombre de chats abandonnés et ramenés par les fourrières augmente.
  • Quid de la gestion des fourrières municipales? ou de structures de type SPA, LPA?
  • Que peut ou doit faire le maire?

Quatre études ont concernées le chat infecté par la grippe aviaire

L’étude de 1962

  • par Meenan, Boyd et Mullaney qui avaient trouvé 4 chats parmi 20 testés présentant une réaction d’inhibition de l’hémagglutination, montrant que le chat avait été infecté pour le virus humain A2/Asia/57virus.

L’étude de 1970

  • Elle a été faite suite au constat de similarités antigénique entre le virus humain (que cette étude a testé sur le chat) et celui de la grippe équine, et après que l’on ait constaté que ce virus infectait le babouin.
  • Lors de cette étude, les chats et chatons se sont montrés sensibles à un virus grippal isolé chez l’homme et présentant les mêmes caractéristiques antigéniques que le virus A2/HongKong/68. Les chats de l’étude ont tous été infectés suite à une application intranasale du virus, mais aussi suite au contact avec un autre chat malade. Et la contagion pouvait s’étendre aux cages voisines de celle d’un chat malade (sans contact rapproché donc)…
  • De plus, les chats infectés excrétaient des virus dans leurs sécrétions pharyngées durant une semaine après l’infection, sans symptômes apparent de grippe, tout en étant contagieux pour d’autres chats. On peut donc parler de porteurs asymptomatiques.
  • Sur 2 chatons mis en contact durant 2 minutes seulement avec un humain malade (mais de manière à ce qu’ils reçoive des gouttelettes d’éternuement ou de toux du malade), l’un a été infecté et a exprimé le virus durant 8 jours;

On avait donc déjà montré il y a 35 ans un passage de la barrière des espèces; direct, possible et facile au moins pour cette souches grippales, avec des doutes pour une autre… (A2/Asia/57virus , voir ci-dessous) (ndr: il aurait été intéressant de voir si à l’inverse des humains sains pouvaient tomber malade suite à des contacts avec un chat malade).

L’infection des chats par ce virus ne semblait pas rare en 1970:

  • Sur 28 chats bien portants testés, 6 présentaient des sérums inhibant l’hémagglutination par le virus A2/Hong.ong/68 (4 adultes sur 14, et 2 chatons sur 13), mais on n’a pas pu à l’époque montrer si cela traduisait la présence d’anticorps ou l’action d’inhibiteurs non spécifiques.

Les auteurs ont émis la double hypothèse:

  • que le chat pouvait être un intermédiaire dans la chaîne de transmission du virus,
  • qu’il pourrait constituer un modèle de laboratoire, complémentaire de la souris utilisée jusque-là.

Remarque: l’article de 1970 faisait allusion à l' »étude faite 8 ans plus tôt, en 1962″

L’étude de 1972

Des singes Macaca radiata se sont montrés réceptifs à une souche fraîchement isolée du virus grippal A/Hong Kong/68 inoculée par voie nasale, ils ont excrété dans la gorge le virus durant 6 jours à partir du 2ème jours suivant l’infection, et le virus a pu être transmise aux 3 autres macaques placés dans des cages voisines de celles des animaux infectés.

On a aussi obtenu une infection systématique de 3 macaques (avec excrétion virale détectée dans la gorge durant 4 jours) suite à l’inoculation nasale d’un virus grippal B, mais sans qu’il y ait transmission par contact à un singes sain.

  • Le chien s’est aussi montré sensible au A/Hong Kong/68 récemment isolé, mais par au type B.
  • Des chats domestiques ont été facilement infectés par la même souche A/Hong Kong/68 ayant subi une série de 6 passages sur membrane chorio-annatoïde, ainsi que par une souche de labo A/Ann Arbor/4/63. Ils ont excrété le virus durant 6 à 8 jours.
  • Des chats ont été infectés par un virus de type B suite à une inoculation nasale, mais aussi après contact avec des animaux infectés.
  • Dans tous ces cas, les virus grippaux n’ont pas entraîné de manifestations cliniques visibles, mais les animaux infectés éliminaient des virus dans leurs sécrétions pharyngées et ont produit des anticorps inhibant l’hémagglutination. Ils ont été des porteurs asymptomatiques.

Selon le bulletin OMS n° 28 de 2004, dans les études précédentes, des virus avaient été trouvés dans les voies respiratoires des chats infectés, mais tous les chats étaient restés en bonne santé, aucun n’ayant développé les symptômes typiques de la grippe (fièvre, écoulement nasal, toux ou éternuements).

L’auteur en concluait qu’on pouvait présumer que, « si de nouveaux chats devaient être infectés par le virus H5N1, ils ne sécréteraient pas de virus en grande quantité ».

  • …Pourtant:

1) les chats excrétaient bien le virus, bien que n’ayant pas développé de symptômes,

2) des chats ont bien été facilement infectés expérimentalement avec le H5N1 32 ans après, en 2004.

3) il ne faudrait pas nécessairement une grande quantité de virus pour infecter un enfant qui joue avec le chat (on a vu dès l’expérience de 1970 que des chats infectés pouvaient passer le virus aux chats de cages voisines sans contact étroit).

Études de 2004 à 2006

Le 3 septembre 2004, des chercheurs néerlandais annonçaient dans la revue Science avoir montré que le virus aviaire A H5N1 HP pouvait se transmettre au chat, avec des symptômes grippaux intenses, et avec à l’autopsie les mêmes lésions pulmonaires que chez l’être humain lorsqu’il est touché par ce virus…

Le risque de transmission directe ou indirecte à l’homme reste discuté et a le plus souvent été nié ou ignoré jusque fin 2005.

Mais deux découvertes faites une autre étude, néerlandaise, publiée en 2004 ont été jugées préoccupantes par certains experts:

  • a. L’infection a pu être obtenue tant par injection qu’en nourrissant des chats avec des oiseaux malades.
  • b. Plus grave: des chats élevés au contact des chats malades ont développé la maladie (=> transmission directe et potentiellement amplifiée par une augmentation de la taille du réservoir de virus).
  • De plus; Chez le chat, le virus aviaire H5N1 peut se reproduire ailleurs que dans les poumons, ce qui indique de nouvelles modalités de contagion possibles.
  • En Janvier 2006, une équipe de l’Erasmus Medical Center d’Amsterdam confirme que le H5N1 peut infecter le chat, mais avec de nouvelles informations.
  • Pour évaluer la diffusion du virus H5N1 chez les mammifères, Rimmelzwaan et son équipe ont étudié des chats infectés

– par voie respiratoire,

– par voie digestive (ils ont mangé des poussins infectés), et

– par contact rapproché avec des chats dont les voies respiratoires avaient été expérimentalement infectées.

Les chercheurs ont alors examiné les muqueuses (buccales/gorge, nasales, et rectales) ainsi que les systèmes respiratoire, digestif, nerveux, cardiovasculaire, urinaire, lymphoïde, et endocrine des chats exposés au virus en y recherchant le virus H5N1 et de la protéine virale.

Résultats:

  • Tous les chats ont été infectés par le virus H5N1.
  • Tous ont présenté des signes cliniques (fièvre, léthargie, difficulté respiratoire, etc.)
  • Le virus a été détecté dans la gorge, sur les muqueuses nasales, et rectales, et ce quelque soit l’emplacement premier de l’infection.
  • Le virus (comme chez l’oiseau) envahit rapidement la régions respiratoires et se répand dans tout le système digestif, non seulement l’intestin, mais aussi le foie, le rein, le coeur, et on le trouve jusque dans le cerveau et les ganglions lymphatiques.
  • De plus, l’examen des tissus infectés montre des dommages cellulaires là où l’on trouve des protéines virales, expliquant la sévérité accrue pour l’homme de ce virus (par rapport aux grippes saisonnières).

Chez ceux des oiseaux qui développent la maladie avec les symptôme les plus « durs », on connaissait déjà la diffusion systémique (dans tous les organes) du virus et l’importance première de la transmission fécale-orale. Mais ces données nouvelles chez le chat incitent à revoir les scenarios éco-épidémiologiques, qui ne fondent leurs estimations que sur la diffusion de la zoonose par les oiseaux migrateurs ou par la volaille lorsqu’elle est transportée par l’Homme.

Questions:

  • Quelles mesures à prendre, étude à faire, conseils à donner? pour les animaleries, fourrières, refuges, élevages professionnels et familiaux, concours félins, lieux de dressage, d’élevage, de toilettage, pension, etc.
  • Qu’en est-il des résultats annoncés des « investigations entreprises par les autorités thaïlandaises » dont l’OMS annonçait qu’ils « permettront d’obtenir des informations essentielles » ?

Remarque: Selon l’étude néerlandaise publiée en 2004, le chat n’est pas sensible à la souche H3N2 des épidémies classiques de grippe humaine, ce qui limite le risque qu’il soit l’émetteur d’un virus recombiné avec cette souche, mais on sait par les études antérieures qu’il peut être infectés par au moins un sous-type de grippe humaine… De plus, des chiens sont également sensibles à un virus grippal pathogène qui circule aux USA. Il conviendrait peut-être de suivre ou limiter le risque de recombinaison dans les lieux tels qu’animaleries, élevages mixtes, ou chez les gens possédant ou élevant les 2 animaux…

Le cas du chat de lîle de Rüngen, le premier chat infecté par le H5N1 en Europe

  • Mardi 28 février 2006: un communiqué de l’Institut de recherche fédéral pour la santé animale, annonce qu’un virus H5N1 Hautement pathogène semble être responsable de la mort d’un chat. Le virus a été détecté par le laboratoire national allemand Friedrich-Loffler.
  • Le félin a été retrouvé près de la baie de Wittow sur l’île balte de Rügen au nord de l’Allemagne où depuis le 14 février près d’une centaine d’oiseaux sauvages avaient déjà été trouvés tués par le virus H5N1.
  • « On savait depuis un certain temps que les chats pouvaient être atteints en mangeant des oiseaux infectés », commente Thomas Mettenleiter, président de l’institut.
  • En attendant la confirmation (publiée le jeudi 2 mars 2006), le laboratoire a demandé à toutes les personnes de la région de Wittow possédant des chats de les empêcher de circuler à l’extérieur. La presse rapporte (sans les citer) que des experts ont estimé que le chat de Rügen a probablement été infecté en mangeant un oiseau malade.
  • mardi 28 février 2006: L’OMS dans un communiqué (http://www.who.int/csr/don/2006_02_28a/fr/index.html) estime que « Rien ne permet actuellement d’affirmer que les chats domestiques jouent un rôle dans le cycle de transmission des virus H5N1. à ce jour, on n’a jamais établi de lien entre un cas humain et une exposition à un chat malade. Aucune flambée chez le chat domestique n’a été signalée » (…)  » Toutes les informations dont on dispose montrent en revanche que l’infection chez le chat se produit en association avec des flambées de H5N1 chez les oiseaux domestiques ou sauvages ».

L’Agence de l’ONU ajoute toutefois:

« Des études expérimentales, publiées en septembre 2004, ont démontré que le virus H5N1 pouvait infecter les chats domestiques et qu’il pouvait ensuite se transmettre d’un chat à un autre. Au cours de ces expériences, les chats ont développé la maladie à la suite de l’inoculation directe d’un virus isolé sur un cas humain mortel, ou après avoir été alimenté avec de la viande de volaille contaminée crue ».

La panzootie actuelle de H5N1 chez l’oiseau, qui a commencé à la mi-2003 en Asie du Sud-Est, s’est accompagnée de quelques rapports anecdotiques d’infection à H5N1 chez des chats domestiques. On pense qu’à chaque fois, l’origine la plus probable de l’infection a été la consommation par l’animal de viande de volaille contaminée. Plusieurs études publiées ont montré la possibilité pour les grands félins en captivité de contracter l’infection à H5N1. En décembre 2003, deux tigres et deux panthères, nourris avec des carcasses fraîches de poulets, sont morts brusquement dans un zoo en Thaïlande. Les analyses qui ont suivi ont identifié le virus H5N1 dans des échantillons de tissu. En février 2004, on a décelé le virus chez une panthère longibande, morte dans un zoo près de Bangkok. Un tigre blanc est lui aussi mort de cette infection dans le même zoo en mars 2004; ajoute l’OMS.

  • Vendredi 3 mars 2006: Après une période de froid et de fortes chutes de neige, le ministère allemand de l’agriculture annonce le Mardi 07 mars 2006 que deux autres chats sont morts, infectés par « la forme la plus virulente » du virus H5N1 sur l’île allemande de Rügen selon le ministère de l’Agriculture. Leurs cadavres ont été trouvés dans la baie de Wittau, à proximité du lieu où le premier chat infecté par le virus en Europe avait été découvert la semaine précédente. à ce jour 170 oiseaux ont été reconnus infectés dans six Lands allemands, dont environ 145 sur l’île de Rügen.
  • 2 mars 2006: Le propriétaire du chat, sous surveillance médicale ne montre aucun symptôme de la maladie.

Les cas autrichiens

  • Lundi 6 mars 2006: Suite à une recherche du H5N1 chez quelques chats du refuge pour animaux de l’Arche de Noé à Graz dans le Land de Styrie, région montagneuse du sud du pays, où le premier foyer aviaire du pays a été identifié le 14 février 2006, le H5N1 est à nouveau détecté, cette fois sur 3 chats (encore vivants) dont deux selon les analyses semblent s’être naturellement débarrassés du virus, sans avoir développé la maladie annonce un porte-parole de l’Agence fédérale de sûreté alimentaire (Ages) le soir-même.
  • C’est une donnée nouvelle qui peut avoir une grande importance éco-épidémiologique.
  • Remarque: C’est dans ce même refuge que 2 poules avaient été trouvées porteuses du virus H5N1 le 22 février 2006 (les premières volailles contaminées de l’UE). Le ministère de la Santé avait alors attribué la contamination de ces poules à la proximité d’un cygne sauvage découvert le 10 Février (date de début de l’événement = 13 février selon bulletin OIE, concernant deux cygnes à Mellach, dans la banlieue de Graz. Ce cygne avait été transporté dans le refuge et il s’était avéré infecté par le H5N1.

Environ 170 chats et près de 200 chiens étaient aussi abrités dans le refuge, dans des enceintes closes mais non loin des oiseaux. En février, trois canards du refuge avaient aussi été testés positifs au H5N1 HP. Aucun éleveur de volailles n’ayant déclaré la maladie dans les environs, les autorités vétérinaires avaient conclu à un « cas isolé » de transmission du virus d’un oiseau sauvage à des volailles. Le refuge a été fermé et ses 170 chats placés en quarantaine à la faculté de médecine vétérinaire de l’université de Vienne, à Nickelsdorf en Basse-Autriche (est) où ils seront tous examinés. Malgré ce cas de contamination, le confinement des chats dans les zones proches de foyers déclarés de grippe aviaire n’est pas envisagée par le ministère de la Santé selon son porte-parole. Peter Wagner, responsable des services vétérinaires de Styrie estime que la contamination des chats aurait pu se faire via la nourriture ou des fientes. L’OIE a rappelé le 1er mars 2006 (http://www.oie.int/fr/press/fr_060301.htm) qu’en 2004 dans un parc zoologique de Bangkok plus de 40 tigres sont morts et beaucoup d’autres malades, après avoir été nourris avec des carcasses entières de poulets « très probablement infectés par le H5N1 ». Les tigres ont pu être infectés en inhalant des virus présents sur les plumes ou la peau ou par l’ingestion de fientes ou de virus présents dans l’intestins, ou en se léchant les babines. « D’autres cas mortels « normaux » de H5N1 ont été rapportés chez des chats domestiques en Asie » ajoute l’OIE et les chats sont « connus pour être susceptibles du virus H5N1 » et que « Dans des conditions expérimentales la transmission de chat-à-chat du virus H5N1 a été également démontrée ». L’OIE ne pense pas que le virus a évolué pour être plus transmissible au chat ou à d’autres mammifères, mais que la découverte d’un chat à Rügen traduit simplement un degré de vigilance élevé et un bon système de surveillance en Europe. Comme le centre européen pour le contrôle des maladies (European Centre for Disease Control ESDC), l’OIE recommande toutefois aux propriétaires de chat, de consulter un vétérinaire en cas de symptômes grippaux chez des chats qui ont pu se mouvoir en liberté dans des zones où le virus H5N1 a été détecté.

  • Mardi 7 mars 2006: Une nouvelle analyse pratiquée sur un chat autrichien a été négative pour le H5N1 alors que les deux premières étaient positives selon le ministère autrichien de la Santé.

Les nouveaux cas de chats contaminés par le H5N1 préoccupent écologues et éco-épidémiologues

  • En effet car les félins, avec les rapaceset les mustélidés, également sensibles au virus H5N1 comptent parmi les premiers prédateurs carnivores naturels des oiseaux. Et à ce titre, ils ont une fonction sanitaire essentielle en contribuant à réguler les épidémies par l’élimination des oiseaux malades qu’ils consomment préférentiellement.
  • Si ces petits prédateurs carnivores s’avèrent très sensibles au virus 1 H5N1 HP et qu’ils en meurent nombreux, ils ne joueront plus ce rôle.
  • De plus, au moins le temps de la maladie, ils constitueront un vecteur supplémentaire du virus, et peut-être un réservoir additionnel, ce qui augmente la probabilité de mutation permettant au virus d’infecter facilement d’autres espèces dont l’Homme.
  • On peut supposer qu’il est probable que les lynx, les chats sauvages (disparu ou menacés dans de nombreuses régions d’Europe) et le chat haret soient également sensible au virus.
  • Alors que le H5N1 est devenu endémique dans plusieurs pays de 2003 à 2006, il semble qu’on n’ait pas encore testée en laboratoire la sensibilité au H5N1 du chien, le chien qui est un autre commensal de l’homme, et dont les cellules de reins ont été utilisées pour cultiver le virus.
  • La question se pose pour les mustélidés (autres prédateurs des oiseaux). On sait déjà que le furet s’est montré expérimentalement très sensible au virus, ainsi d’ailleurs que des souris qui sont comme d’autres micro-mammifères également des proies du chat et des mustélidés.
  • Le rôle potentiel du rat, un autre commensal de l’Homme dont la réputation n’est plus à faire en matière de contribution aux épidémies et maladies est aussi à explorer, car le rongeur fréquente à la fois les égouts, les poulaillers et parfois les porcheries ou nos maisons. Il faudrait aussi étudier la sensibilité des vautours.
  • On sait que les cétacés sont sensibles à certains virus grippaux. Mais la recherche de ces virus dans leurs cadavres échoués est rare. Aurait-il fallu rechercher d’éventuels virus grippaux chez les dauphins morts échoués en France en quantité anormale début 2006 sur les côtes du Sud-Ouest de la France?
  • Il est à noter que la question du risque pour le chat et le risque de transmission du chat à l’homme préoccupait le public, comme en témoignent les appels téléphoniques en Allemange (où l’on constate aussi des abandons de chats) ou en Suisse: En 3 jours (du 28 février au 2 mars 2006), plus de 1000 personnes ont posé des questions aux opérateurs-téléphonistes du n° vert de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) et de l’Office vétérinaire fédéral. La plupart des questions portaient sur le risque pour les animaux domestique (chat, chiens, oiseaux), la consommation de volaille, d’œufs et sur les fientes d’oiseaux. Et, avant que les médias ne fassent connaître le cas du chat mort en Allemagne la question était déjà fréquemment posée, par des gens n’ayant a priori pas eu connaissance des études citées ci-dessus.

Réactions:

  • mardi 28 février 2006: En France, Dominique BUSSEREAU Ministre de l’Agriculture annonce avoir demandé à l’AFSSA une évaluation des risques de contamination, qui devrait être produites en quelques jours (voir § ci-dessous).
  • En suisse, le même jour, les autorités vétérinaires ont estimé qu’il n’y avait pas lieu de prendre des mesures supplémentaires. « ça serait complètement exagéré », a estimé un porte-parole de l’Office vétérinaire fédéral (OVF) en précisant que le chat a été retrouvé dans un endroit (l’île de Rügen) où plus d’une centaine de cadavres d’oiseaux infectés ont été ramassés.
  • Le lendemain, 1er mars 2006, alors qu’un douzième cygne infecté venait (la veille) d’être confirmé mort du H5N1 à Monthieux dans le département français de l’Ain, dans la région des 1000 étangs (les Dombes), le 1er ministre français annonce que « Dans l’immédiat et en vertu du principe de précaution, il est demandé aux propriétaires de chats de ne pas les laisser divaguer dans les zones où le virus H5N1 a été détecté« .
  • Le même jour, Dick Thompson, porte-parole OMS sur la grippe, répond à la presse qu’il estime que le risque d’une transmission du H5N1 à l’homme reste très faible venant d’un oiseau, et plus encore venant d’un autre animal comme le chat, mais que le risque de transmission du Chat vers l’Homme « ne peut pas être exclu dans l’état actuel des connaissances ».
  • Toujours ce même jour, Reinhard Kurth, de l’institut allemand de santé Robert Koch suppose quant à lui qu’il pourrait s’agir de la forme asiatique du virus, et signale aussi un nombre anormal de chats morts signalé en Irak les semaines précédentes.
  • Mercredi 1er mars 2006: L’Allemagne ordonne le confinement des chats et le signalement de mortalités anormales.
  • Jeudi 2 mars 0006: Les experts vétérinaires de l’UE recommandent « par précaution » d’enfermer les chats et de garder les chiens en laisse dans les zones touchées par le virus H5N1 HP. Les chats et chiens trouvés morts dans ces zones doivent être signalés aux autorités vétérinaires.
  • De manière générale, l’UE conseille d’éviter les contacts entre des carnivores domestiques, particulièrement les chats, et les oiseaux sauvages, estime cependant que la découverte du virus chez un chat n’augmente pas le risque de transmission à l’homme.
  • Ce même jour, la Suisse confirme ne pas envisager l’enfermement des chats dans les zones frappées par la grippe aviaire. Le risque n’est pas proportionné à la mesure, estime la porte-parole de l’OVF (Office vétérinaire fédéral) Cathy Maret, s’appuyant sur le fait qu’en Allemagne, le chat infecté par le virus hautement pathogène H5N1 avait été « en contact avec plusieurs centaines d’oiseaux sauvages malades » … « la présence du virus n’est pour l’instant pas assez massive pour justifier une mesure aussi lourde » que le confinement des félins. L’OVF pourrait toutefois modifier sa politique si des centaines d’oiseaux morts étaient découverts dans un même endroit, a précisé Cathy Maret.

Premier avis de l’AFSSA

contexte:

  • Dans la plupart des pays, en Suisse, en Belgique, l’avis des experts est le même que celui de l’Union Européenne, le risque est nul ou minime que le chat soit facilement victime du H5N1 et encore plus faible qu’il le transmette à l’Homme.
  • En France, l’AFSSA a validé le 2 mars 2006 un avis relatif au risque sanitaire représenté par les chats, en tant que vecteurs du virus Influenza aviaire H5N1 HP (hautement pathogène) asiatique pour d’autres espèces animales et pour l’Homme après contact avec le chat.

Le chat peut-il être infecté par le H5N1 HP ?

La réponse est oui, tant en condition expérimentale que dans la nature. L’avis de l’AFSSA (du 3 mars 2006) cite le cas allemand de l’île de Rügen et s’appuie notamment sur deux publications (Rimmelzwaan et al., Kuiken et al.) décrivant l’infection expérimentale récente de six chats par une souche H5N1 HP d’origine asiatique dans des conditions jugées par l’AFSSA « très favorables à l’expression de l’infection et à la mise en évidence de sa traduction anatomo-pathologique ». Les chercheurs néerlandais avaient dans cette expérience infectés 2 groupes de 3 chats,

  • 1) par voie orale pour le premier groupe (consommation de poussins d’un jour contaminés contenant des titres infectieux jugés par l’AFSSA très élevés: 109 TCID50/g de tissus)
  • 2) par voie intra-trachéale (avec une dose « plus modérée »: 2,5 x104 TCID50) pour les 3 autres chats.
  • Résultats: Tous les chat ont été infectés. Ils sont donc – dans ces conditions – sensibles au virus.

Dans ce contexte expérimental, le tractus respiratoire des chats infectés présentait une charge virale importante. Les chats inoculés par voie intra-trachéale ont excrété le virus en quantité suffisante pour transmettre l’infection à deux chats « contacts » (= transmission secondaire horizontale). La charge virale mesurée sur les écouvillons trachéaux réalisés sur les chats « contacts » était toutefois inférieure à celle des chats préalablement infectés relève l’AFSSA.

  • L’AFSSA (le 3 mars 2006) estime que cette expérience n’a pas produit assez de données pour évaluer la capacité des chats « contacts » à pouvoir eux-mêmes infecter d’autres chats et conduire à une transmission inter-individuelle pérenne. De la même façon ajoute l’AFSSA, la durée très brève (7 jours) de l’expérience ne permet pas d’apprécier l’évolution spontanée de l’infection (vers la mort ou la guérison) (Ndr: des chats ont-ils survécus? ont-ils tous été euthanasiés et autopsiés?).
  • L’AFSSA note que les conditions de l’étude ne sont pas celles du milieu naturel: les chats de laboratoire étaient tous « exempts d’organismes pathogènes spécifiques » (EOPS, en anglais: SPF) et ont subi plusieurs anesthésies générales au cours de l’étude.
  • L’AFSSA (le 3 mars 2006) estime que dans les pays touchés par l’épizootie à H5N1 HP, là ou le virus circule dans l’avifaune domestique, il n’y a pas d’éléments épidémiologique montrant une grande sensibilité du chat à la maladie. On n’a pas mis non plus  » en évidence une circulation du virus H5N1 HP dans l’espèce féline ». (Ndr: Mais a-t-on vraiment cherché?).
  • Selon l’AFSSA (le 3 mars 2006), le cas du chat infecté par le H5N1 en Allemagne en février 2006 montre que le chat peut être infecté naturellement par le virus Influenza aviaire H5N1 hautement pathogène, mais ne prouve pas un quelconque rôle de cette espèce dans le développement et le maintien de l’épizootie actuelle, ou alors il serait « probablement extrêmement limité ».
  • Quel risque sanitaire les chats peuvent-ils présenter en termes de santé animale?

Le chat peut-il être vecteur passif ou actif (c’est-à dire infecté par le virus H5N1 HP et capable de l’excréter dans les conditions naturelles)?

L’AFSSA (Le 3 Mars 2006) a envisagé 2 risques/probabilités :

1) probabilité qu’un chat soit infecté.

Elle dépend;

  • a) de la probabilité qu’a le chat de se trouver en contact avec le virus (contamination),
  • b) de sa réceptivité (capacité à multiplier le virus).

La réceptivité du chat dans les conditions naturelles est maintenant avérée (cf. cas thaïlandais ou allemand), mais le degré de cette réceptivité reste difficile à évaluer en l’absence:

– de données scientifiques additionnelles confirmant les conclusions de Kuiken et al.,

– de données de terrain suffisantes.

2) la probabilité de contamination des chats sur le terrain:

  • 1) En présence de foyer(s) chez les volailles domestiques;

Les restriction de mouvements des chats (cf. directive 2005 /94/ EEC) en zones de protection et de surveillance, et des mesures de police sanitaire au niveau du foyer, devraient limiter le risque de contact chat-volaille infecté.

  • 2) En présence de foyer(s) dans l’avifaune sauvage;
  • les restrictions d’accès des personnes aux zones où des oiseaux sauvages contaminés ont été trouvés morts, ont une efficacité limitée chez le chat.
  • En conclusion, le risque d’infection du chat est d’autant plus important que la possibilité de contact direct chat-oiseau infecté (en particulier malade ou mort) est élevée.
  • Le risque est donc nul, selon l’AFSSA (le 3 mars 2006), dans les zones exemptes d’oiseaux infectés par le virus.

Probabilité de transmission du chat (de manière active ou passive) à d’autres espèces:

La possibilité d’une transmission du chat aux volailles n’est pas démontrée. Elle dépend selon l’AFSSA (le 3 mars 2006) de la possibilité de contacts des chats avec les volailles (quasi-inexistante pour les élevages industriels) et de leur fréquence. En l’état actuel des connaissances et compte-tenu de l’importance avérée des autres sources de transmission de l’infection, elle peut être estimée, pour les volailles, comme nulle à négligeable. Pour les autres espèces animales, l’AFSSA ne se prononce pas sur le risque, étant donné le manque de connaissances virologiques et épidémiologiques.

Risque de transmission du chat à l’Homme?

L’homme est très peu réceptif aux variants connus du H5N1, même lorsqu’exposé à des volailles contaminées. Il semble qu’il faille un contact rapproché avec la volaille malade. Aucune contamination liée à une exposition à des carnivores domestiques ou sauvages n’a été rapportée mais elle est théoriquement possible, sans qu’on puisse en l’état actuel des connaissances en préciser la probabilité… Selon l’AFSSA (le 3 mars 2006), en combinant la probabilité d’émission de virus par le chat, la probabilité de contact efficace et la réceptivité de l’Homme au virus H5N1 HP, le risque d’infection de l’Homme par le chat, peut être estimé comme nul à négligeable…

Conclusions et recommandations de l’AFSSA

L’AFSSA (le 3 mars 2006) reprend les conseils du groupe d’expertise collective d’urgence « Influenza aviaire » validés le 2 mars 2006 après une réunion le 22 février, le 28 février et le 2 mars 2006:

  • mesures de restriction des mouvements des chats dans les zones réglementées mais aussi dans les zones de protection et de surveillance autour des foyers d’Influenza H5N1 touchant les oiseaux domestiques.
  • les chats domestiques doivent être maintenus sous le contrôle effectif de leur propriétaire;
  • toute mortalité anormale de chats doit faire l’objet d’une investigation vétérinaire approfondie afin d’en déterminer la cause et d’objectiver une éventuelle intervention du virus H5N1 HP;
  • les chats errants ne doivent pas être attirés à proximité des exploitations par la présence de cadavres, de déchets organiques ou d’aliment en libre accès (ce qui contribuera aussi à ne pas attirer d’autres carnivores errants ou sauvages).
  • Remarque: Cet avis de l’AFSSA (du 3 mars 2006) n’évoque pas d’autres possibilités:
  • 1. le chat pourrait peut-être, comme le porc, servir de creuset pour une recombinaison virale, puisqu’il semble pouvoir être infecté par des virus de grippe humaine saisonnière.
  • 2. la souris ou le rat qu’il est plus difficile d’éloigner des volailles et qui sont parfois nombreuses dans les poulaillers comme l’a rappelé un document de la FAO sont-ils sensibles à ce virus, en conditions « naturelles »? et ne pourraient-ils pas être un vecteur intermédiaire entre la volaille et le chat?
  • 3. le chat se lèche soigneusement et souvent, y compris le dessous des pattes. Des chats peuvent se lécher entre eux. Quelle est la dose infectieuse chez le chat? (marcher dans des fientes fraîches de volailles malades peut-il suffire à l’infecter?)
  • 4. Lorsqu’ils peuvent sortir et que leur mort approche, les chats se cachent généralement très soigneusement pour mourir. Il est très fréquent qu’on ne trouve pas leur cadavres, même en les cherchant. Est-ce aussi le cas lorsqu’ils sont tués par un virus H5N1 HP?

L’AFSSA ne reconnaît dans son avis que 3 voies de propagation au virus.

  • 1. les transports et échanges d’oiseaux domestiques vivants, sensibles à l’Influenza aviaire HP, ainsi que de denrées ou produits en dérivant quand ils sont issus d’animaux infectés ou malades. Les contacts infectants pouvant être directs ou indirects;
  • 2. les oiseaux sauvages d’espèces sensibles (migrateurs ou non, représentant des sources de contacts indirects vis-à-vis des oiseaux domestiques);
  • 3. tout support physique pouvant être contaminé par les excrétions ou sécrétions issues d’oiseaux contaminés, en particulier dans le cadre de l’activité humaine au sein des élevages ou des zones infectées. (Moyens de transport, de contention (cages, véhicules), de litières, de déchets, équipements en contact direct ou indirect avec les oiseaux, ou tout support (chaussures, vêtements,…) spécifiquement associé à l’être humain. Plus rarement, de nombreuses espèces animales pourraient jouer le rôle de transporteurs passifs, en l’absence d’infection active, si elles entrent en contact avec un environnement infecté.

Conclusion

Si les premiers avis d’experts se veulent rassurants en annonçant un risque nul à très faible, ils ne cachent pas qu’ils manquent de données virologiques et éco-épidémiologiques pour fonder une évaluation plus complète du risques. Les données récentes et les auteurs de la dernière étude eux-mêmes invitent:

  • 1) à repenser l’écologie du virus et en particulier les voies possibles de contagion chez les mammifères dont l’homme.

Le crachat, la toux, l’éternuement restent des sources de diffusion de la maladie à gérer en cas de pandémie, mais l’urine et les excréments pourraient aussi jouer un rôle important en cas de pandémie humaine, en augmentant considérablement les itinéraires possibles de la transmission entre mammifères et entre oiseaux et mammifères.

  • 2) à inclure le virus H5N1 dans le diagnostic différentiel d’une gamme plus large de manifestations cliniques que ce qui est fait aujourd’hui.
  • 3) à élargir l’approche diagnostique (diagnostic différentiel) et peut-être les stratégies de soins une plus large gamme de manifestations cliniques, en raison de la nature systémique de la grippe aviaire.
  • 4) à affiner notre compréhension des mécanismes de diffusion et contagion, y compris en considérant une possible transmission fécale-orale chez l’homme (=> voir aussi boues d’épuration, système égout-rats, excréments-mouches, gestion des couches-bébé, de certains déchets hospitaliers, etc. / Rappel: Une étude indonésienne a montré que des mouches pouvaient transporter le virus).
  • Une meilleure compréhension des itinéraires de contagion permettrait de diminuer les impacts d’épidémies ou pandémies, notamment dans les pays ou régions pauvres.
  • Le compostage ou la méthanisation de certains excréments, lisiers et déchets agroalimentaire serait peut-être à recommander plutôt que leur utilisation directe comme engrais forestiers, agricoles ou piscicoles.

 Haut de page

 Autres maladies