par atimella » Mardi 01 Septembre 2015 2:20
Je n'arrive pas a dormir. C'est trop dur. Alors j'ai écrit ce petit texte comme une tentative de diminuer ma peine :'(
C'est ici que tout a commencé. Et c'est ici que tout s'est terminé. Après des mois où nous avons bataillé côte à côte, tu as rendu ton dernier souffle. A chaque fois nous pensions avoir gagné. Et à chaque fois, la maladie nous rappelait que c'était elle, le maître du jeu. Nous gagnions des batailles mais la guerre c'est elle qui l'a remportée.
Dès le premier regard je suis tombée "amoureuse" de toi. L'oeil si craintif. Toi qui venais de vivre la pire des choses, tu me regardais du coin de ta cour, en te demandant avec peur ce que j'allais te faire.
Le 14.08.2014 tu entrais définitivement dans ma vie. Les premiers pas ensemble furent chaotiques. Tu n'avais jamais rencontré personne, tu avais du mal à faire confiance, tu avais simplement peur. Combien d'heures ai-je passées dans cette chambre à essayer de te toucher du bout des doigts pendant que tu me soufflais de toutes tes forces. Et puis un jour de manière inattendue, tu m'as offert ta confiance. Le déclic était fait, il ne restait plus que carat à te présenter.
Les débuts furent houleux. Combien de courses effrénées. Combien de coups de pattes, de griffes et de crachats. Combien de courses-poursuites la nuit.
Et puis lui aussi, tu l'as adopté avec plus ou moins de plaisir.
Les premières visites vétérinaires ont alors commencé. Nous ignorions toutes les deux qu'elles allaient s'enchaîner. Toi qui n'avais jamais plus connu de veto depuis ta première année, tu as été gâtée. De traitements inefficaces en visites de plus en plus régulières, rien ne t'aura été épargné.
En janvier, la décision de t'opérer a été prise rapidement. Tu souffrais déjà alors et nous avions le moyen de te soulager. Ce fut une période difficile, pleine de doutes. L'analyse des prélèvements ne présageait rien de bon. Le mot était lâché: cancer. Que pouvions faire alors? Les suites de l'opération ont été éprouvantes. Tu cicatrisais mal, tu te rouvrais. D'hospitalisations en retours à la maison, on ne savait pas si tu y arriverais.
En février après ta dernière hospitalisation, tu as développé le Calicivirus. Décidément tu en bavais. A deux doigts d'y rester mais tu avais une envie de vivre formidable et tu t'en es sortie comme un chef, quand même les vetos te condamnaient.
Tu en es ressortie avec une sonde nasale. Combien de nuits ai-je passé à te veiller, à dormir à tes côtés pour te montrer que tu n'étais pas seule? Combien de soins t'ai-je administré? Tu me faisais confiance de tout ton petit corps... Encore une bataille de gagnée.
Ensuite, de mars à juin, tu t'es montrée comme jamais. Câline, adorable. J'avais l'impression de t'avoir sauvée, que nous y étions arrivées. Nous comprenions combien tu avais dû souffrir avec ces glandes et combien nous avions eu raison de t'opérer. Le futur était prometteur.
Tu as découvert le jardin. Toi qui pendant douze ans n'avais jamais marché sur l'herbe. Tu n'aimais pas trop ça. Trop d'espaces. Trop de bruits. Trop d'inconnu. Parfois tu y prenais plaisir. Je te vois encore ce jour là, courir après un papillon. Tu semblais heureuse. Et je l'étais de te voir si bien.
Et puis... Et puis vint ce jour de juin. Que se passait-il? Tu n'arrivais plus à aller aux toilettes. Malgré le traitement d'appoint rien ne passait. Nouveau rendez-vous veto. Cette salle bruyante que tu détestais. Cet espèce d'industrie à soigner où l'on a l'impression d'être un numéro. Nous te faisons une radio. Une masse suspecte au colon. Que faire? Pour savoir comment t'aider au mieux nous avons fait une coloscopie. Examen pénible pour toi mais avait-on le choix? Le couperet est tombé ce jour-là. Il s'agissait d'une tumeur. La saloperie que l'on pensait t'avoir enlevé avait repoussé. La vie ne t'a décidément rien épargné. Chimio, traitement palliatif... mon choix a été vite fait. Tu n'avais pas à subir l'acharnement. Alors je me suis préparée tout doucement à ton départ. Difficilement. Car malgré tout tu ne laissais rien paraître. Jamais tu n'avais été aussi sociable, aussi câline, comme un remerciement infini envers moi. Jusqu'à ce soir j'ai cru que je pourrais t'aider. Jusqu'à ce soir j'ai cru qu'encore cette fois nous allions y arriver. J'avais tellement d'espoirs que mon amour te sauverait. Quelle naïveté.
Ce soir tu es partie en douceur, dans mes bras. J'aurais voulu que tu n'aies pas peur mais je l'ai lu dans tes yeux. Ce regard craintif du début. Tu t'es endormie doucement et je t'ai rassurée et cajolée comme j'ai pu. C'était le geste le plus difficile, mais aussi le plus honnête que je pouvais faire.
Cette nuit, je ne dors pas. Tout me rappelle toi. Tout me revient en mémoire. A chaque bruit, chaque lumière qui s'allume, j'ai l'impression que tu vas montrer ta frimousse. Carat semble te chercher lui aussi.
Une année intense. Intense en peines et en douleurs. Mais aussi intense en petits bonheurs. J'ai la prétention de me dire que je t'ai offert le meilleur panier de retraite au monde. J'ai fait de mon mieux pour te chérir et t'aimer. Je pense que tu l'as su, tu me le rendais tellement bien. Cette nuit j'essaie d'extraire toute la peine que ton départ me laisse. J'écris pour tenter d'exorciser ma tristesse.
Cette nuit, je te rends hommage à toi ma noisette, ma cacahuète, ma petite battante courageuse. Ma petite puce. Je te pleure, toi, et tous les pauvres qui auront encore moins de chances que toi. Parce qu'un chat, ça se soigne. Ça ne se met pas dans un appartement en décoration. Ça a besoin de visites vétérinaires régulières. Qui sait, si quelqu'un t'y avais emmenée plus tôt. Peut être que... ou peut être pas. Nous ne saurons jamais.
Enfin à tous ceux qui pensent, "c'est juste" un chat hé bien "c'est juste" que vous n'avez rien compris...